Les avocats aiment raconter que la robe les rend égaux. Quelle belle fumisterie.
Il suffit de regarder la plupart des avocats collaborateurs : des « indépendants » sur le papier, qui, dans les faits, vivent, pour une large majorité, sous la dépendance économique et psychologique des associés pour lesquels ils travaillent.
Parmi eux, il y a ceux qui ont la chance d’avoir un filet : un peu d’épargne, pas de crédit, pas d’enfant.
Cette petite marge qui change tout : celle qui permet de ne pas se taire, d’accepter le risque de se faire virer, et d’avoir le luxe de prendre un peu de temps avant de retrouver ailleurs.
Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, et beaucoup n’ont pas cette chance. Pour eux, un départ n’est pas une décision, mais une chute annoncée.
Alors ils encaissent : les colères de leurs associés, leurs remarques humiliantes, leurs mails du dimanche soir.
Et pour tenir, ils se répètent que « c’est pareil ailleurs », que « ce n’est pas si grave », et qu’ « il faut bien passer par là ».
À force, ils s’habituent à l’inacceptable, confondant respect et résignation, finissant par trouver normales des choses qui ne le sont pas.
Pendant ce temps, nombre d’associés semblent continuer à penser, en 2025, que le management est une perte de temps.
Des associés brillants - juridiquement et commercialement -, parfaitement incapables de gérer des humains sans les abîmer.
Certains s’en vantent même : « je ne fais pas de management » ; d’autres disent à leurs collaborateurs : « c’est déjà un honneur de travailler pour moi ».
Dans trop de cabinets, je constate que la peur reste un mode de gestion. Comme si la souffrance se transmettait en héritage : « j’ai souffert, donc tu souffriras aussi ».
Je ne compte plus, dans mon entourage, ceux qui, pour continuer à avancer (ou ne pas sombrer, devrais-je plutôt dire), justifient l’injustifiable.
Ceux qui ont fini par se convaincre que leur épuisement était la preuve de leur implication.
Et pendant ce temps, on parle partout de « bien-être au travail », on monte des commissions, on publie des rapports ; mais on évite toujours les vrais sujets, le rapport de force et la loi du silence.
Les choses changeront le jour où ceux qui peuvent parler le feront ; où les collaborateurs d’un même cabinet cesseront de se concurrencer pour plaire, et choisiront de s’unir pour se faire respecter ; et où les clients refuseront de confier leurs affaires à des cabinets dont le management toxique est de notoriété publique.
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